Côté individualités, le match semblait avoir définitivement tourné à l’avantage de l’Afrique noire. Inutile, en effet d’aller chercher les équivalents maghrébins ou égyptiens des Didier Drogba, Samuel Eto’o, Mickaël Essien, Mahamadou Diarra, Yaya Touré ou Fredéric Kanouté : aucun footballeur nord-africain n’évolue dans les équipes premières des très grands clubs européens. En toute logique donc, on pensait que les sélections d’Afrique allaient jouer les premiers rôles. Erreur, mon général !

Le Maroc, en atomisant la faible Namibie (5 à 1) a donné le ton d’entrée. Mais ce n’était rien à côté de la démonstration de talent, d’organisation et d’intelligence collective qui allait être administrée par l’Egypte au Cameroun (4 à 2). Manifestement, on avait sous-estimé le champion sortant, et la valeur de joueurs comme Hosny, Zaki, Emaad Motaeb ou Zidan.

La Tunisie, après une entrée assez poussive, et, pourquoi ne pas le dire, chanceuse, face au Sénégal (2 à 2), a remis les pendules à l’heure en corrigeant l’Afrique du Sud. Santos, son buteur, s’est réveillé au bon moment. Première de son groupe, comme l’Egypte, la Tunisie semble pratiquement qualifiée pour les quarts de finale, alors que le Maroc, après son faux pas contre une Guinée qu’on n’attendait pas à pareille fête (défaite 3 – 2), est condamné à l’exploit contre l’organisateur du tournoi…

Le Cameroun, on l’a vu, a sombré. La Côte d’Ivoire, elle, a assuré, mais en faisant le strict minimum face au Nigeria. Elle a révélé d’inquiétantes carences défensives, et confirmé ce qu’on pressentait déjà : cette équipe talentueuse est déséquilibrée. Et peine à faire le jeu. Le Mali, lui, n’a encore rien montré. Le Sénégal a fait naufrage après avoir fait illusion lors du premier match. Quand au Ghana, on verra aujourd’hui lundi ce qu’il a vraiment dans le ventre.

Quelles leçons tirer de tout cela ? C’est terriblement banal à dire, mais, en football, l’addition de talents individuels ne fait pas les grandes équipes, et rien ne vaut un collectif bien huilé. Et une organisation sans failles. De ce côté-là, l’avantage va nettement aux équipes maghrébines. Certes, celles-ci s’appuient sur une tradition, une touche technique, un amour – parfois excessif - du jeu dans les petits périmètres, un certain sens du réalisme, et une vraie rigueur défensive.

Mais le secret de leur réussite réside peut-être dans la stabilité de leur encadrement. Shehata et Lemerre étaient déjà là en 2006. Ils ont eu le temps de construire, et même, dans le cas de l’entraîneur tunisien, de reconstruire. Ils savent, ou croient savoir où ils vont. Et l’ambiance au sein de leurs groupes n’est pas perturbée pas d’abracadabrantes mais récurrentes polémiques sur les primes…