La mobilité des joueurs égyptiens, l’intelligence de leurs déplacements, notamment sur les ailes, qui dénotent d’un collectif homogène et surtout parfaitement huilé, la précision chirurgicale de leurs passes, la vitesse d’exécution de leurs contres et de leurs débordements, la chance, qui, sur la durée d’une compétition, sourit toujours aux vainqueurs, et un réalisme à toute épreuve sont quelques-unes des raisons qui expliquent que l’attaque égyptienne ait pu infliger la bagatelle de huit buts aux deux équipes réputées les plus fortes du continent, le Cameroun et la Côte d’Ivoire.

Mais les véritables raisons du succès des protégés d’Hassan Shehata, le coach moustachu qui les a conduit au sacre en 2006, sont à chercher ailleurs : une base défensive ultra-solide, et un gardien de classe internationale. Car l’homme du match aura incontestablement été Essam El Hadary, son gardien et capitaine, auteur de parades à répétition qui ont dégoûté jusqu’à Didier Drogba.

Aujourd’hui, une grande équipe, c’est d’abord un grand gardien. Les Egyptiens, qui ont sérieusement peiné face aux assauts des Eléphants, entre, grosso modo, la fin de la première mi-temps et la soixantième minute de la seconde, ont montré une solidarité de tous les instants, et défendu avec une constance et une intelligence remarquable. Combien de tacles décisifs dans la surface, de retours in extremis mais toujours propres, de Hosni par exemple, dont le comportement illustre à merveille un précepte cher au Roger Lemerre entraîneur des Bleus champions d’Europe : le « dépassement de fonction ».

Des Ivoiriens, on espérait mieux. Certes, ils se sont battus jusqu’au bout avec orgueil. Mais ils n’avaient pas de gardien. Le malheureux Barry Coppa est rapidement sorti sur blessure. Son remplaçant, le jeune et inexpérimenté Loboué, a tenté de faire de son mieux, mais il serait injuste de l’accabler. Car on l’a laissé bien seul. Les carences défensives ivoiriennes étaient trop criantes.

S’ils ne travaillent pas ce secteur de jeu, qui est à la base de tout aujourd’hui, les Eléphants ne deviendront jamais une très grande équipe. Leurs approximations dans le placement sur les coups de pied arrêtés, qui ont apporté le deuxième but égyptien – Amr Zaky ayant été abandonné parfaitement seul au second poteau –, sont rédhibitoires à ce niveau de la compétition. Et les Egyptiens ne se sont pas privés pour les exploiter avec un réalisme froid.

Pourtant, et c’est une forme de paradoxe, deux des quatre hommes de base de la défense ivoirienne – Kolo Touré et Manu Eboué – évoluent et sont titulaires indiscutables à Arsenal. Le problème réside donc moins dans la valeur intrinsèque des joueurs que dans le système de jeu choisi.

Les Egyptiens, depuis le début de la compétition, ont exprimé la quintessence des valeurs de ce football arabe qui a donné à l’Afrique quelques-unes de ses plus belles équipes : la Tunisie de 1978, l’Algérie de 1982, le Maroc de 1986, et, serions-nous tentés d’ajouter, de 1998, en dépit de son injuste élimination au premier tour.

Elle est promise à un bel avenir car elle arrive à maturité, et pourrait bien créer une bonne surprise en 2010, au Mondial, si toutefois elle ne relâche pas. Mais n’anticipons pas ! Il lui reste une finale à disputer contre un adversaire qu’elle connaît par cœur, le Cameroun. Elle est archi-favorite, ce qui n’est jamais très bon.

A mon avis, la finale du 10 février risque d’être moins spectaculaire que cette demi-finale ; elle sera davantage fermée et se conclura sur un score sans doute plus étriqué. Mais une nouvelle victoire des Pharaons représenterait une extraordinaire consécration pour le football égyptien de clubs, qui constitue depuis toujours l’ossature de l’équipe nationale.

Combien d’autres sélections africaines pourraient en dire autant ? A méditer.