La société est intransigeante à l'égard de l'exemplarité des hommes publics. Mais comment les paie-t-elle en retour lorsque, touchés au plus profond d'eux-mêmes, ils ne cèdent pas au coup de boule ?

La répression du racisme, dans les stades ou en-dehors, ne me semble pas assez ferme pour en arrêter les manifestations. Selon moi, la société a honte de ses racistes et s'enferme dans le déni. Pire, cette minorité qui culpabilise l'antiracisme gagne chaque jour des partisans.

Le résultat est saisissant : dans l'affaire Ouaddou, le plus curieux est que la victime, déjà sanctionnée d'un carton jaune pour être sortie de l'aire de jeu, s'est confondue en explications dans les médias. On l'a même entendue dire : "Je veux m'excuser auprès des enfants et de ceux qui étaient dans la tribune ! "

L'arbitre ? "Il a fait son travail car j'ai perdu les pédales en passant au-dessus des barrières." Bientôt, il s'excusera d'avoir été insulté.

Parfois, les dénégations de celui qui insulte ne suffisent pas. Dans ce cas, ses amis viennent à la rescousse pour lui éviter l'infamie d'une sanction. Ainsi de Samuel Eto'o qui a maladroitement défendu le sélectionneur espagnol Luis Aragonés, coupable de "réarmer" mentalement son attaquant, José Antonio Reyes, en lui serinant qu'il est meilleur que ce "negro di mierda" de Thierry Henry.

"Aragones n'est pas raciste", clame le Camerounais. Si c'est Eto'o, victime lui-même d'insultes racistes en Liga qui le dit, c'est forcément vrai. La sanction tombe : 3 000 euros d'amende. Cela n'a évidemment pas empêché l'irascible entraîneur de récidiver en mettant les succès des Bleus sur le compte de "l'arrivée massive de joueurs africains" avant le France-Espagne de Málaga.

Au Tchèque Milan Baros, qui adressait un geste explicite (en se pinçant le nez) à Stéphane Mbia, le milieu de terrain camerounais du Stade Rennais, la Ligue de football professionnel (LFP) écarte la thèse du racisme, infligeant au passage trois matches de suspension au joueur.

Même si cela n'est pas souhaitable, il n'est pas interdit d'avoir des opinions racistes. C'est leur expression qui est condamnable et doit être tenue pour ce qu'elle est dans les stades : un danger pour l'ordre public et l'esprit du sport.

En attendant qu'une vraie politique de lutte contre le racisme dans le sport soit mise en œuvre, les affaires se multiplient et de pseudos "supporters" continuent d'attrister nos soirées. Qu'il s'agisse des néo-nazis du Stadio Olimpico de Rome affiliés à la Lazio, de la tribune Boulogne du Parc des Princes, du stade Furiani de Bastia, ou de la Romareda de Saragosse en Espagne, ils n'ont rien à faire dans les stades.